Photo : Friends of the Earth Europe

L’égalité homme-femme, le sexisme, le patriarcat, les stéréotypes, les différents mouvements féministes, l’empowerment [1] des filles et des femmes à travers le monde… Le genre est une thématique transversale, importante et toujours d’actualité aux quatre coins du monde en cette fin d’année 2016.

Aux Amis de la Terre, tant au sein des réseaux international, européen et jeune que dans notre association en Belgique, nous ne pouvons concevoir notre vision d’un autre Vivre ensemble sans des rapports sociaux égalitaires entre les femmes et les hommes. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Qu’en est-il à l’heure actuelle et quels sont les défis à relever pour incarner ces rapports sociaux égalitaires ?

Au cours de la soirée SoS du 26 septembre dernier, nous avons exploré, en partenariat avec Le Monde selon les Femmes (LMSLF), « la perspective genre ». L’opportunité de partager nos perceptions, questions et expériences sur ce sujet et de discuter de pistes d’actions avec Claudine Drion, animatrice au sein du Monde selon les Femmes. Grâce à un livre-jeu comme support, la soirée fut participative et bienveillante, chacun.e ayant trouvé un espace pour s’exprimer. A noter que la parité homme-femme était atteinte ce soir-là !

Nous avons débuté la soirée en recevant une carte avec une phrase. A chacun.e d’imaginer si c’est plutôt un homme et une femme qui s’exprime et dans quel contexte. Par exemple : « notre fils veut une poupée pour son anniversaire », « le préservatif, c’est moi qui y pense » ou encore « diriger un chantier ce n’est pas pour moi ». Une bonne introduction qui nous plonge au cœur du sujet. L’on se rend compte que nous avons différentes représentations et que le sexisme, les stéréotypes, la discrimination peuvent se présenter partout et tout le temps, sous différentes formes.

Au-delà d’une égalité formelle, de droits, il s’agit pour LMSLF de s’engager pour une égalité dans les faits, tant dans la sphère publique que privée, au Nord comme au Sud. Et cela passe notamment par une mise en lumière des mécanismes cachés qui sont pourtant bien existants. L’approche genre vient de « gender » en anglais. Ce terme est apparu lors d’une conférence internationale de l’ONU sur les droits des femmes il y a une vingtaine d’années. Il vise à mieux tenir compte des rapports sociaux entre hommes et femmes et à favoriser la participation active de ces dernières dans la coopération au développement. Cela comprend notamment l’accès à l’éducation, au monde politique, aux contraceptifs ou encore, parfois, l’accès au droit de sortir seule dans la rue, mais aussi tenir compte du genre dans tous les projets, peu importe le public-cible ou la thématique.

Lorsque l’on aborde la question du genre, on parle des attentes et des caractéristiques de la société par rapport aux hommes et aux femmes. Claudine Drion nous rappelle que le Code Napoléon ne reconnaissait pas les femmes en tant que telles, que celles-ci devaient avoir des tutelles. Et nos codes civils se sont construits sur celui de Napoléon. Il s’agit donc depuis plusieurs décennies d’enlever, couche par couche, ce qu’il en reste dans nos lois et surtout dans l’inconscient collectif.

Bien que les progrès soient énormes depuis des décennies sous nos latitudes, les défis restent grands. Et encore plus dans certains pays du Sud où LMSLF soutient des projets et initiatives notamment grâce au renforcement de compétences dans le domaine du genre.

Grâce au livre-jeux, en petits groupes, nous avons exploré et tenté de hiérarchiser différentes solutions à développer pour des rapports sociaux plus égalitaires. Doit-on d’abord faciliter l’accès à l’éducation pour les filles ? Ou instaurer des quotas ? Favoriser l’éducation sexuelle ? Faire appliquer des lois égalitaires ? Multiplier les structures d’accueil pour les enfants afin que les femmes puissent travailler ? Développer les assurances sociales pour permettre l’autonomie des femmes ? Appliquer des budgets sensibles au genre dans les politiques publiques ?
Difficile de distinguer des priorités dans la discussion tant les diverses solutions semblent être complémentaires et nécessaires.

La question du genre se pose également dans les groupes de simplicité volontaire. Est-ce que les modes de vie plus simples que l’on promeut risquent de renvoyer les femmes au foyer « comme avant » ? La question doit être posée lorsque l’on parle de réinvestir du temps dans des tâches traditionnellement occupées par les femmes (cuisine, couture, potager...). Il en va de même en ce qui concerne la réduction du temps de travail. Le plus souvent, c’est la personne du couple qui gagne le moins qui s’arrêtera ou diminuera son temps de travail, et le plus souvent, encore, il s’agit des femmes. La boucle est bouclée !

La question du genre doit indéniablement être présente à tous les niveaux dans nos mouvements militants et de transition, y compris dans nos structures internes. Au sein des Amis de la Terre, tant au niveau du réseau international, européen qu’en Belgique, la question de la représentation des femmes dans les instances statutaire et décisionnaire (Assemblée Générale, Conseil d’Administration) est faible, voire inexistante (en 2016, le CA de notre association ne compte aucune femme). Une étude menée récemment par LMSLF sur le genre dans les associations actives dans le développement durable démontre que les Amis de la Terre ne sont pas un cas isolé.

La question des quotas fait débat lors de cette soirée SoS. Les avis divergent : doit-on, par les quotas, « forcer » les femmes à s’investir en politique, au sein des CA des associations et des entreprises, en mettant moins en avant leurs compétences que leur statut de femme ? Ou les quotas doivent-ils être considérés comme un levier, une porte d’entrée pour favoriser l’engagement des femmes ?

Nous nous accordons sur le fait que dans un monde idéal nous préférerions ne pas avoir besoin des quotas pour que la parité soit atteinte, mais que la réalité nécessite des mesures telles que les quotas, et que celles-ci ont fait leur preuve. Ainsi en Belgique et ailleurs, certains bailleurs de fonds exigent que la loi des « 2 tiers, 1 tiers » (soit pas plus de 2 tiers des personnes du même sexe dans un CA) soit respectée pour obtenir des subsides. Notre association et Friends of the Earth Europe sont directement touchés par ces mesures, ce qui les incite à ouvrir le débat, à s’approprier le sujet et à envisager des solutions pour rectifier cette situation inégalitaire.

Mais plus que le respect de la parité dans les instances décisionnaires, nous devons, en tant qu’organisation militant pour un autre Vivre ensemble, inciter nos membres, groupes locaux et partenaires à s’emparer du sujet. Le sexisme dans nos activités est parfois encore présent : les femmes prennent plus facilement le rôle de secrétaire, les intervenants lors des conférences et débats sont plus souvent des hommes, ceux-ci se retrouvent à brancher l’ordinateur et les femmes à servir le café. Sans vouloir tout chambouler, il nous paraît nécessaire d’avoir une réflexion sur la question, que chacune et chacun prenne conscience de ces mécanismes et soit attentif à ce que chacun et chacune puisse occuper la place qu’il ou elle souhaite pour, enfin, s’émanciper des stéréotypes et discriminations existants.

Les Amis de la Terre s’engagent à faire bouger les choses. Un groupe de travail s’est créé en vue de modifier notre règlement intérieur concernant les quotas et se pencher sur des lignes de conduite pour tenir compte de la perspective « genre » à tous les niveaux de l’association. Si vous souhaitez rejoindre ce groupe, contactez-nous !

Le livre-jeu « Genre… tu vois ce que je veux dire ? » est un excellent moyen d’aborder la question au sein de nos groupes locaux, il est à disposition dans nos bureaux.

Notes

[1L’empowerment peut être défini comme l’octroi de davantage de pouvoir aux individus ou aux groupes pour agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques qu’ils subissent.

Ce projet a été financé avec l’aide de l’Union européenne. Le contenu de la publication relève de la seule responsabilité des Amis de la Terre Belgique et ne peut aucunement être considéré comme reflétant le point de vue de l’Union européenne.