Photo : Peter Sieling

Ce dimanche 30 octobre, le soleil brille dans le ciel, mais aussi dans les yeux des 2600 visiteurs qui arpentent le château de Wégimont et sa cour. C’est que les Amis de la Terre ont mis le paquet pour cette 14ème édition. Le point phare de l’événement reste bien sûr la collection des quelque 150 variétés de pommes d’anciennes variétés hautes tiges de Wallonie. Impressionnant ? Pourtant, ce n’est qu’une petite partie de la biodiversité de nos vergers d’autrefois que l’on a voulu remettre à l’honneur.

Ce sont 600 enfants qui ont été sensibilisés à la pomme et au verger au travers différentes activités ludiques dont le fameux théâtre de marionnettes liégeoises Noilnaudra, la balade contée du Pomtiron et les activités du Service Jeunesse de la Province. Pendant ce temps, les parents, de ce public devenu très familial avec les années, en ont profité pour goûter des pommes, identifier une variété inconnue, apprendre à tailler, greffer, faire analyser la terre de leur jardin… Et pour que la fête soit parfaite, la restauration et le bar ont présenté des produits bio et locaux. Quel plaisir de goûter une vraie rombosse avec une ancienne variété de pomme locale, comme autrefois.

Cette année, les moutons et les poules ont fait leur entrée : moutons Shropshire connus pour ne pas s’attaquer aux troncs des arbres et poules de Herve et Bassette pour leur rusticité et leur intérêt local.

Enfin, différents artisans, partageant tous leur amour de la pomme et du verger, ont ravi les familles qui ont pu trouver pommes, poires, jus de pomme, cidre, pommes et poires séchées, sirop, miel et fromages, ou encore des fruitiers à planter.

Les médias ont beaucoup parlé du film « Demain ». Avec la Journée de la Pomme à Wégimont, la collaboration des Amis de la Terre avec la Province de Liège montre que le changement s’opère MAINTENANT, grâce aux quelque 40 bénévoles à l’œuvre pour la sauvegarde du verger de hautes tiges et sa biodiversité, dans un monde nécessitant une transition devenue vitale.

Petite analyse du phénomène à destination des militants qui nous lisent. En 2003, notre groupe, constitué d’une poignée de bénévoles, est tout heureux de réunir 150 personnes pour sa première Journée de la Pomme. Depuis, cette thématique a porté tout un groupe de bénévoles qui n’a fait que grandir, dans l’action de terrain. D’une opportunité à une autre, nous avons pu mettre en place un verger conservatoire sur 8ha en collaboration avec Infrabel, puis un jardin mellifère et un rucher. Nous avons depuis 2012 l’appui des Services de la Province de Liège pour organiser la Journée de la Pomme au château de Wégimont, ce qui nous donne un appui logistique et visuel sans pareil. En effet, nous bénéficions gratuitement de l’infrastructure du château et de tout le matériel de la Province, dont les chapiteaux, tonnelles, tables…. Le montage et le démontage sont assurés par le personnel Provincial. Ce sont les cuisines de Wégimont qui gèrent les repas. Et nous sommes même parvenus à les sensibiliser à nous préparer des plats entièrement bio, alors qu’il s’agit au départ d’une cuisine de cantine conventionnelle. Et aussi, nous avons développé une petite unité de pressage de pommes pour produire du jus pasteurisé.

Aujourd’hui, la Journée de la Pomme réunit essentiellement des familles avec de jeunes enfants, un gage positif pour l’avenir. Voici 14 ans, c’était une journée de passionnés ou de nostalgiques. Aujourd’hui, tous les publics s’y côtoient, campagnards comme citadins.

Notre groupe a la volonté de poursuivre son travail de sensibilisation dans la bonne humeur et la convivialité, dans l’esprit de transition vers un monde où résilience locale et respect de la biodiversité ne font qu’un. Cependant, il ne faudrait pas croire que tout est rose. Notre groupe a traversé une grave crise en ce début d’année, qui a bien failli faire tout disparaître. Du coup, les réunions de la Locale ne comptent plus que 3 à 5 personnes contre une quinzaine. La dynamique de groupe reste difficile à gérer. Les militants sont des gens engagés émotionnellement. Dans certaines circonstances, il arrive que des personnes essaient d’établir un pseudo pouvoir sur les autres. Il n’est pas toujours facile de rétablir une communication. Notre Journée de la Pomme 2016 s’apparente à un miracle, dans ces conditions. Il a fallu travailler à réunir des bénévoles qui avaient quitté le navire, pour cause de mauvaise ambiance. Pour cette raison, une moitié des bénévoles n’étaient pas membres des Amis de la Terre. Ici aussi les choses évoluent. Aujourd’hui, la communication passe par les réseaux sociaux. Certaines personnes sont prêtes à donner du temps pour un événement ponctuel, mais pas sur la durée. Le bénévole moderne papillonne et zappe parmi les thèmes qui l’intéressent. C’est une nouvelle donnée à prendre en compte en tant qu’organisateur. Il faut donc un noyau dur de référence sur lequel se reposer. Et autour, des bénévoles qui arrivent lorsque l’on bat le rappel. Pour l’avenir, il faudra peut-être évoluer vers une association plus floue de militants non-membres qui se réunissent autour d’un projet ciblé et non plus autour d’une cause plus générale. Qu’importe tant que nous parvenons à sensibiliser une large base de citoyens !