Du 18 au 20 novembre avait lieu le week-end annuel des Amis de la Terre. Voici le compte-rendu de Mia qui travaille pour Climaxi, l’organisation flamande des Amis de la Terre, et pour Friends of the Earth Europe. De novembre à avril prochain, Mia consacrera un jour par semaine aux Amis de la Terre Belgique, dans le but de prendre part à l’organisation d’activités, de renforcer nos liens avec le réseau et d’apprendre le français.

Du 18 au 20 novembre, nous nous sommes réunis dans un gîte à Hastière pour un week-end rassembleur comprenant rencontres, discussions et expérimentations sur les thématiques des Amis de la Terre. Le week-end a débuté le vendredi soir par une conférence gesticulée intitulée « Les pauvres, c’est comme un compte en banque, ça se gère ! ». Le spectacle a introduit la thématique de l’économie non-violente, ou plutôt un constat de la violence de notre système économique avec beaucoup d’humour, des exemples personnels et un portrait des classes populaires très vivant.

Le samedi, nous avons pris du temps pour nous rencontrer les uns les autres et établir un espace sûr et convivial. Il y avait une grande diversité parmi les participants, avec des rôles très différents dans l’organisation : des permanents, des membres du CA, des bénévoles des groupes locaux et des nouveaux intéressés. La diversité de l’association était bien représentée : diversité des âges et des origines géographiques, des parents, des jeunes activistes, des visionnaires !

Pour une seconde introduction de l’économie non-violente, nous avons expérimenté le théâtre de l’opprimé [1]. Répartis en deux groupes, les participants ont réalisé avec leurs corps des images de leur représentation de l’économie violente puis non-violente. Cette méthode a offert aux participants l’opportunité de sentir dans leur corps la différence entre l’économie violente et non-violente et leur a donné une base pour mieux comprendre la thématique.

Ensuite, l’équipe des permanents a donné plus d’informations sur le processus de développement de cette nouvelle thématique, notamment inspirée par Ekta Parishad, un mouvement d’inspiration gandhienne de défense des sans-terre en Inde fondé par Rajagopal, et par le concept de « Bonheur National Brut » développé au Bhoutan. Puis Robin a introduit la campagne 2017 des Amis de la Terre : « Fossil Free ». En effet, l’extraction des énergies fossiles participe à rendre notre système violent : cette campagne contre les énergies sales et pour des énergies vertes et citoyennes sera menée en parallèle dans plusieurs pays membres du réseau européen. Pour collecter les idées et avis des bénévoles sur cette campagne, nous nous sommes organisés en petits groupes en nous inspirant du triptyque de Patrick Viveret. Chaque groupe a abordé le thème sous un angle différent. Quelques personnes ont discuté de la RÉSISTANCE face aux projets d’extraction et à l’énergie sale : comment et par quels moyens s’opposer à ces projets. D’autres ont parlé d’EXPÉRIMENTATION : comment développer des projets d’énergie citoyenne, faciliter l’accès aux énergies renouvelables en rejoignant une coopérative par exemple. Un troisième groupe s’est occupé à développer notre VISION pour le futur : la discussion a surtout porté sur la sécurité et la vision positive d’une société où l’énergie serait propre et citoyenne. Un quatrième groupe explorait d’autres aspect de l’économie non-violente : le temps et la gestion des « communs ». Toutes ces informations collectées serviront à construire une campagne proche des préoccupations et envies des groupes locaux et des membres actifs.

Tous les repas étaient délicieux ! Adi, de l’association AlimenTerre, a cuisiné pour nous des repas sains et respectueux : aliments biologiques, repas végétariens et végétaliens souvent d’inspiration orientale. Chacun pouvait participer à la préparation des repas et ainsi s’inspirer de nouvelles recettes. Afin de remercier Ezio Gandin, ex-président, le dîner de midi était cru, y compris la soupe !

Le samedi après-midi, les participants ont choisi parmi différents ateliers : le genre, comment être efficace sur un stand, la préparation d’une action de sensibilisation à la simplicité volontaire avant Noël, la gestion du site internet de l’association ou encore une introduction au théâtre forum. Un temps après les ateliers et avant le repas a permis de jouer, de partir en ballade ou simplement de discuter. Le soir était également libre, et après une petite présentation d’une expérimentation concrète, la transformation de noyaux en pellets, nous nous sommes amusés autour de jeux et de chansons.

Je ne sais pas si c’est dû à la bière locale, aux conversations engagées ou aux chants de résistance, mais il a été plus difficile de débuter à l’heure prévue le dimanche matin. Après un petit tour pour écouter la météo intérieure de chacun et ce que l’on a retenu de la journée précédente, nous avons parlé de la gouvernance au sein des Amis de la Terre. En effet, le CA et les permanents sont engagés dans un processus de construction d’une nouvelle structure au sein des Amis de la Terre, visant une plus grande participation des bénévoles. En créant différents cercles thématiques, les groupes locaux et les membres actifs peuvent s’engager sur des domaines spécifiques, comme la communication, les réseaux et partenariats, la dynamisation des groupes locaux et des membres, les projets et thématiques... Cette nouvelle gouvernance, issue de la sociocratie et de l’holacratie, veut ainsi renforcer les liens entre le CA, les permanents et les bénévoles des locales et clarifier les recevabilités (objectifs) et les périmètres d’autorité (le niveau d’autonomie, de prise de décisions) des différents cercles.

Après une introduction théorique, nous avons expérimenté une méthode sensorielle. Par paire, l’un s’incarnant en terre et l’autre en sculpteur, guidés par Sophie, nous avons sculpté l’autre. Parfois, la terre était « avec » le sculpteur, parfois « pour », « contre » ou « sans ». Un moyen d’explorer les différentes manières d’être dans un groupe. Reconnaître ces différents comportements, conscients ou inconscients, faciliteront à l’avenir le travail en cercles ainsi que toute dynamique de groupe.
Avant le repas, nous avons visité un potager communautaire à Hastière. Une bénévole du projet nous en a fait faire le tour et expliqué le projet en général, comment les bénévoles se partagent les responsabilités, la gestion du compost, l’entraide entre les débutants et les jardiniers expérimentés. Nous avons longé la rivière pour rentrer, plein d’énergie pour la dernière session du week-end. L’après-midi nous offrait l’opportunité d’expérimenter les différents cercles et d’étoffer leur contenu, de discuter plus en profondeur et en petits groupes les sujets relatifs à chaque cercle. Une manière également d’enrichir la réflexion du CA et des permanents.

Grâce à un effort collectif, nous avons ensuite rapidement rangé et nettoyé les lieux avant de nous retrouver à l’extérieur pour une brève évaluation et un cercle de clôture. Nous avons conclu dans le même esprit du week-end : avec beaucoup de rires, un touche d’humilité et beaucoup de bienveillance.

Notes

[1Le théâtre de l’opprimé est un système d’exercices physiques, de jeux esthétiques, de techniques d’images et d’improvisations. Cette forme de théâtre souhaite aider à lutter contre toutes les formes d’oppressions pouvant exister dans les sociétés humaines. Plus encore, elle entend réveiller l’esprit de contestation indispensable à une société organisée.