Carte blanche publiée le 24 avril 2017 dans le quotidien Le Soir
Par Ezio Gandin, secrétaire des Amis de la Terre (Belgique) ; Zoë Genot, cheffe du groupe Ecolo au parlement bruxellois ; Muriel Gerkens, députée fédérale et coprésidente de la coordination provinciale liégeoise Ecolo ; Raoul Hedebouw, député fédéral PTB-PVDA Liège ; Daniel Tanuro, écosocialiste, membre de la LCR ; Leo Tubbax, Nucléaire Stop Kernenergie ; Ruddy Warnier, député wallon PTB-PVDA Huy-Waremme.

Le risque zéro n’existe pas dans l’industrie nucléaire. Plusieurs catastrophes se sont déjà produites, comme à Tchernobyl ou à Fukushima. Une catastrophe nucléaire à Tihange toucherait 5,76 millions de personnes dans un rayon de 75 km et toucherait des familles en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas dont un grand nombre ne pourrait plus jamais rentrer chez elles. La population est en droit d’exiger que les réacteurs nucléaires respectent les normes de sécurité les plus strictes et les plus actuelles, sans tenir compte de leur coût. Si les exploitants des centrales de Tihange, Engie/Electrabel et EDF/Luminus, ne sont pas à même d’assurer ce niveau de sécurité, ils doivent abandonner l’exploitation des réacteurs, malgré le manque à gagner de millions d’euros que cela entraînerait [1]. Nos vies valent plus que leurs réacteurs et leurs profits. D’ailleurs, des alternatives existent : des centrales au gaz peu polluantes sont maintenues à l’arrêt et de nombreux projets d’énergies renouvelables n’attendent qu’un signal clair pour se concrétiser.

Le réacteur de Tihange 1 ne correspond pas aux normes qui doivent être méticuleusement respectées dans l’industrie nucléaire.

Quatre manquements aux normes rendent impérieuse la fermeture définitive de ce réacteur.

Le premier touche au sol sur lequel ce réacteur a été construit.

La découverte est récente. 774 tonnes de béton ont été injectées erronément dans le sol, presque sous le réacteur, en septembre 2016. 23 Camions bétonnières ont vidé 38 tonnes de béton chacun, au lieu des 5 camions prévus ! Le sol de la salle des génératrices diesel de secours a cédé, causant la mise hors-service de ces génératrices et l’arrêt du réacteur. En vérifiant la solidité du sol, suite à cette erreur inadmissible, les experts ont découvert que le réacteur a été construit sur un remblai hétérogène insuffisamment consolidé comportant même une couche de charbon. Ce remblai a été déstabilisé par l’énorme quantité de béton injecté [2]. La centrale de Tihange 1 ne résisterait probablement pas à un tremblement de terre comme la région liégeoise en a connu le 8 novembre 1983 et le 13 avril 1992. Depuis ce déversement erroné, le redémarrage du réacteur a été annoncé à sept reprises, sans obtenir l’accord de l’Agence Fédéral de Contrôle Nucléaire. L’exploitant tente de prouver que le sol s’est miraculeusement stabilisé. L’AFCN s’est déjà montrée trop sensible au lobbying d’Engie/Electrabel. Elle pourrait bien donner son feu vert, le 31 mai prochain. De son côté, le ministre Jambon s’est toujours conformé aux avis de l’AFCN.

Un deuxième manquement a trait au bassin de refroidissement des barres de combustible usé. Cette « piscine », qui ne peut être réparée ni remplacée, connaît plusieurs petites fuites. Celles-ci provoquent chaque jour la perte d’une dizaine de litres d’eau hautement radioactive. Cette eau est aujourd’hui captée et réintroduite dans la piscine, mais au passage elle affaiblit continuellement la paroi de la piscine. La perte s’est accrue d’année en année. Et si la paroi connaît une fuite massive, les barres de combustible usé pourraient ne plus être refroidies efficacement : une catastrophe devient alors possible.

Un troisième manquement concerne le dôme du réacteur. Ce dôme pourrait-il résister à l’impact d’un des avions de fret de TNT ou de Lachs, qui décollent la nuit de l’aéroport de Bierset en survolant la centrale [3] ? Le dôme de Tihange1, d’une conception antérieure aux autres réacteurs, aurait déjà pu céder sous l’impact de l’hélicoptère qui s’est écrasé à seulement quelques kilomètres de la centrale, le 6 avril 2012.

Le quatrième manquement touche à l’âge du réacteur. Construit pour être exploité pendant 25 à 30 ans, ce réacteur a été prolongé à 40 ans par la loi de sortie du nucléaire (2003). Et le gouvernement précédent a prolongé son exploitation à 50 ans. Quelles peuvent être les conséquences d’une telle décision irresponsable ? Seuls quelques dizaines de réacteurs dans le monde ont franchi la limite de 40 ans !

Afin de préserver la sécurité des travailleurs du site et celle des populations environnantes, la fermeture définitive du réacteur de Tihange 1 s’impose. A défaut de cette mesure, une nouvelle enquête publique doit être organisée avant le redémarrage puisque les données concernant ce réacteur ont été profondément modifiées. Cette enquête doit impliquer tous les citoyens et citoyennes belges, allemands et néerlandais qui habitent ou travaillent dans la zone de 75 km autour de la centrale, conformément aux traités d’Aarhus et Espoo que la Belgique a signés.

Notes

[1Electrabel a estimé le bénéfice (EBITDA-avant investissement, taxes etc.) de l’exploitation d’un réacteur de ce type à €1 million/jour.

[2Question orale COMINT 170321 – Commission de l’Intérieur

[3Un Boeing 747 fret pèse 600 tonnes au décollage, dont le kérosène. La compagnie israélienne Lachs est basée à Bierset et spécialisée dans les matières dangereuses. Tihange se trouve dans l’axe des pistes de Bierset.