Un champ de céréales égayé de fleurs des champs ... un spectacle devenu bien rare !

L’avenir des fleurs des moissons serait-il entre les mains des gestionnaires de réserves naturelles et des jardiniers ? Répondre par l’affirmative à cette question, c’est aller au devant d’un énorme leurre en matière de conservation de la nature ! Peut-on imaginer arrêter l’extinction des espèces en consacrant moins d’1% du territoire à la protection de la nature ? Non, bien sûr. Les initiatives de divers conservatoires botaniques ou la création de réserves naturelles ne sont que des pis-aller, des stratégies de survie, une façon de "sauver les meubles" !

Impossible donc de protéger valablement les fleurs des moissons sans une attitude globale de conservation de la nature au sein des activités humaines, principalement au sein de la politique agricole.
Une autre question se pose : la plupart des plantes des champs ne faisant pas partie de notre flore indigène, faut-il les maintenir ou est-ce sans importance de les voir disparaître ? Faut-il adopter une attitude interventionniste ou laisser la nature évoluer éventuellement dans une autre direction ? Les botanistes, les gestionnaires de réserves naturelles n’ont pas fini de débattre sur ce point davantage philosophique que scientifique ...

Pour les Amis de la Terre, il est clair cependant que des actions de conservation-survie ne peuvent perdurer indéfiniment s’il n’y a aucune opportunité, à l’avenir, pour que les espèces menacées retrouvent une place dans l’équilibre entre l’environnement et les activités humaines. Maintenir pour maintenir n’a pas beaucoup de sens ! On peut par exemple imaginer choisir quelques espèces messicoles pour leur beauté "sauvage" et les cultiver pour le plaisir. Mais ne glisse-t-on pas alors, insensiblement, vers une dénaturation de la nature ? Pensons aux conséquences du nourrissage intensif du grand gibier dans nos forêts, mais peut-être la comparaison est-elle osée ?

Il est impossible de clore ce complexe débat de façon claire et définitive. Rester dans l’incertitude n’est certes pas une position confortable. Mais c’est à chacun de se faire sa propre opinion sans crainte ... d’en changer peut-être un jour ou l’autre ...

Si quelques mètres carrés de fleurs des champs auront peu d’incidence sur la nature, ils risquent toutefois d’avoir une influence bénéfique sur le regard que nous portons sur elle !

Jugez plutôt. Selon les personnes, cette influence se marque plus ou moins fort et a des effets plus ou moins rapides. Dans certains cas, le passionné ne veut plus rien d’autre dans son jardin que des plantes sauvages et fait preuve d’une imagination débordante pour attirer les insectes ! Sans aller jusque là, beaucoup jardinent d’une autre façon, laissant cohabiter pacifiquement leurs plantes cultivées avec des espèces sauvages (qu’ils qualifiaient il y a peu de mauvaises herbes). Ils portent un regard critique sur la gestion des pâtures surengraissées dont toutes les fleurs ont disparu ou sur les cultures qui empoisonnent la terre et sa santé. Ils réclament une gestion des bords de routes respectueuse de la nature et moins dispendieuse en deniers publics, ... Pas à pas, le jardinier proche de la nature devenu citoyen actif trouve alors tout naturel de se tourner vers les produits issus de l’agriculture biologique.

En résumé, le bourdon qui butine le bleuet est donc le point de départ d’une réflexion globale sur notre civilisation anti-nature !

Jean Fassotte, administrateur chargé de la conservation de la nature et de l’éducation à l’environnement

Patricia Martin , animatrice

Sommaire

- Qui sont les fleurs des champs ?
- Opération survie
- Un petit peu d’histoire ... de la flore des terres labourées
- La disparition des fleurs des champs : un problème pour la nature ?
- Des fleurs des champs au jardin : comment ?
- Les insectes et les fleurs : une histoire d’amour ... et d’intérêt
- Les céréales
- Les bourdons
- Agriculture et nature
- Des actions concrètes

Des fleurs à tout bout de champ

« Fleurs des champs »... l’image d’un champ de blé éclaboussé de coquelicots et de bleuets.

Image bucolique. Image d’Epinal.

Pourtant, dans une culture de blé, le coquelicot et le bleuet sont des indésirables ; ils sont qualifiés d’adventices, c’est-à-dire de « plantes qui poussent sur un terrain sans y avoir été semées », bref, de « mauvaises herbes » !

La dénomination « herbes folles » est moins péjorative tandis que « fleurs des champs » devient franchement sympathique et met en évidence leur caractère décoratif.

Pour en finir avec ces expressions, distinguons encore les appellations « plantes messicoles » (désignant les plantes de moissons) des « plantes rudérales » que l’on rencontre surtout sur les décombres, les terrains vagues, les bords de routes ou de cours d’eau. Attention, la nature ne se plie pas strictement à cette démarcation : certaines plantes poussant de préférence sur des friches se retrouvent parfois dans les champs et inversement.

Qui sont les fleurs des champs ?

Oui, bien sûr, le coquelicot, le bleuet sont les deux espèces les plus connues parce que les plus remarquables mais la liste est beaucoup plus longue, vous vous en doutez.

Les fleurs des champs ne constituent pas une famille botanique particulière mais plutôt un ensemble de plantes très diverses qui ont des exigences communes.

On peut distinguer trois groupes parmi ces herbes folles :

Les espèces véritablement indigènes

Elles sont minoritaires. Elles étaient déjà présentes dans nos régions avant l’influence de l’homme sur le paysage (depuis le néolithique, c’est-à-dire de - 6 000 à - 2 500). Ces espèces poussaient alors uniquement sur des sols régulièrement mis à nu et remaniés, sur les berges des cours d’eau, près des tanières ou des voies de passage des animaux. La localisation de ces pionnières, assez anecdotique, s’est étendue avec l’apparition des labours qui leur ont fourni de nouveaux milieux vitaux. Parmi ces espèces indigènes, la renouée à feuilles de patience, le rumex crépu, le gaillet gratteron, les laiterons, le tussilage, le mouron des oiseaux sont le plus souvent considérés comme des mauvaises herbes : elles ont tendance à être envahissantes. L’herbe aux goutteux et le galéopsis tetrahit se sont également répandus plus largement sur les terres cultivées, bien que leur lieu d’origine soit la forêt.

Les Méditerranéennes et les Asiatiques

C’est parmi ces plantes importées par l’homme que l’on rencontre les célébrissimes coquelicot et bleuet et aussi la nielle des blés, le chrysanthème des moissons, le liseron des champs, la moutarde des champs, l’épiaire annuelle, le muflier des champs, l’adonis d’été, le mélampyre des champs...

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Mélampyre des champs
De juin à août, il égaie les moissons et offre son nectar aux insectes butineurs
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Chicorée sauvage
C’est la cousine sauvage de nombreuses variétés cultivées : witloof ou chicon, scarole, frisée, etc.
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Muflier des champs
Cousin de la gueule de lion, il possède des fleurs beaucoup plus petites (1 à 1,5 cm) attirant les abeilles et bourdons

Les graines de ces plantes ont voyagé, de proche en proche, sur des milliers de kilomètres. Leur moyen de transport ? Accrochées au pelage des animaux domestiques, en passagères clandestines dans les ballots de laine ou encore mélangées aux semences des plantes cultivées.

Celles d’outremer

A partir du 16ème siècle, le galinsoga, originaire du Pérou et la fausse camomille, en provenance d’Asie septentrionale, par exemple, se sont d’abord établies autour des ports, d’où elles ont ensuite gagné le reste de l’Europe.

Par les labours, l’homme a donc créé des milieux permettant l’extension d’espèces peu répandues et il a même largement contribué à l’enrichissement en espèce d’un biotope nouveau dans le paysage : le champ cultivé.

Comment ces plantes sauvages ont-elles réussi à investir un milieu artificiel et maîtrisé par l’homme ?

Quelques actions concrètes au jardin.

Des actions en faveur de la conservation de la nature expliquées dans d’autres publications des Amis de la Terre, sont favorables aux insectes pollinisateurs :

- planter des haies en espèces indigènes
- créer ou sauvegarder des vergers (voir le dossier 73. Les fruits de la passion)
- aménager une prairie fleurie
- cultiver des plantes aromatiques, installer une rocaille et une plate-bande de fleurs sauvages, couvrir un mur d’une plante grimpante, le tout sur une petite parcelle ou même sur une terrasse ou un balcon

En voici quelques unes plus spécifiquement favorables aux bourdons :

- conserver une bande sauvage (± 1 m de largeur) au pied d’une haie indigène avec lamier blanc, lamier maculé, consoude officinale ;
- cultiver des petits fruits : groseille à maquereau, cassis, framboise, mûre ;
- entretenir une pelouse riche en trèfle blanc, avec des tontes moins fréquentes ;
- organiser dans le potager, des cultures en rotation de trèfle d’Alexandrie, lupin annuel, vesce, phacélie, sainfoin, luzerne, bourrache