2030, vivre avec moins de pétrole : quelques bonnes nouvelles de nos villes et communes en transition

La production mondiale de pétrole a atteint son niveau maximum et dans quelques années, le monde devra vraisemblablement vivre avec 3 à 5 % de pétrole en moins chaque année.
Un scénario hautement probable est que ce passage par le pic mondial de production de pétrole va s’accompagner d’une très grande volatilité - instabilité des prix de vente de tous les dérivés pétroliers et des substances reliées. Lorsque la croissance économique est présente, comme en début 2008, les prix vont fortement augmenter ; lorsque la croissance économique sera absente, comme aujourd’hui, les prix vont s’effondrer. En accord avec le libéralisme économique mondial, c’est le seul marché qui fixe les prix ...

Les défis que nos sociétés industrielles riches mais aussi celles du Sud devront relever suite à cette déplétion (réduction) du pétrole (et aussi du gaz naturel) sont immenses car nous sommes pétro-dépendants.

Rappelons simplement que 98% de tout ce qui bouge sur Terre grâce à un moteur dépend des dérivés pétroliers : essence, diesel léger, diesel lourd, kérosène. Plus critique probablement encore, la production alimentaire dans les pays riches provient aujourd’hui massivement de l’agriculture intensive chimique, l’agrochimie, qui est extrêmement dépendante du pétrole et du gaz naturel pour ses fertilisants chimiques azotés et ses pesticides, insecticides et autres destructeurs de vie. Pour produire une unité d’énergie alimentaire, l’agrochimie utilise, aujourd’hui, 10 unités d’énergie fossile (pétrole et gaz) ; il y a cinquante ans, l’agriculture paysanne utilisait 20 fois moins d’énergie fossile pour la même production ! Notre boulimie d’énergie fossile ne doit pas nous faire oublier qu’encore aujourd’hui des centaines de millions d’êtres humains n’utilisent aucun apport d’énergie fossile.

On peut faire preuve d’un optimisme béat et se dire que la Science et la Technologie trouveront la solution qui permettra de poursuivre la voie actuelle. Effectivement, on investit massivement pour développer et trouver d’autres sources d’énergie renouvelables ou prolonger l’exploitation de sources actuelles comme la filière nucléaire. Malgré cela, beaucoup de scientifiques indiquent que nous ne pourrons remplacer le pétrole à la fois au niveau de la quantité d’énergie produite et dans la diversité des applications développées depuis plus d’un siècle : de la combustion dans tous les types de moteurs aux matières plastiques en passant par le tarmac de nos routes, des huiles, des médicaments, etc.).

On peut aussi être envahi par la peur et soit sombrer dans l’angoisse, soit se préserver en enfouissant la tête plus profondément dans le sable : « je ne veux pas savoir ».

On peut aussi choisir une 3ème voie, celle de prendre la déplétion du pétrole comme une occasion unique de lancer une vaste réflexion collective et de mettre en place un autre mode de vivre ensemble favorisant le local, la souveraineté alimentaire et la solidarité.

Cette 3ème voie n’est pas un rêve, elle existe déjà et elle se développe de manière fulgurante dans des centaines de groupes, de communautés, de villages et de villes au travers du monde industrialisé. Lancé, il y a quelques années, le réseau des « Transition Towns - Villes et Communes en Transition, en français » connaît aujourd’hui un développement impressionnant avec des centaines d’initiatives citoyennes qui pensent et mettent en place localement des solutions pour résister à la déplétion du pétrole et aux changements climatiques en créant une société plus solidaire, plus humaine.

Fortement développés dans les pays anglo-saxons, ces initiatives se répandent aussi dans les pays francophones avec en Belgique francophone un fort investissement des Amis de la Terre. Un réseau francophone reliant actuellement Québécois, Suisses, Français et Belges est en pleine construction et les prochains mois verront fleurir ces initiatives. Avec le soutien des Amis de la Terre, un groupe de citoyens d’Ottignies et Louvain-la-Neuve a lancé la première initiative en Belgique francophone en fin 2008.

Rob Hopkins qui a pensé puis initié, au début des années 2000, ces initiatives de transition vient de publier le « Transition Handbook - Guide de Transition », véritable « bible » rassemblant l’essentiel des expériences en cours et décrivant le processus proposé pour lancer et soutenir ces initiatives locales. Un chapitre complet de ce livre est consacré à la situation de la Grande-Bretagne en 2030 lorsque le processus de transition sera en cours.
Imaginer, rêver éveillé à ce que nous pourrons mettre en place d’ici 20 ans n’est pas du temps « perdu, gaspillé » mais au contraire le meilleur « investissement » que nous puissions faire pour « devenir nous-mêmes le changement que nous voulons voir apparaître dans le monde » : M. Gandhi.

Nous vous proposons de rejoindre l’année 2030 et de lire quelques coupures de presse « choisies » par Rob Hopkins concernant l’alimentation et l’agriculture de demain ...

Alimentation et agriculture en 2030. L’agriculture a subi une remarquable transformation, une vraie renaissance que bien peu auraient pu imaginer en 2009. Il y a 20 ans, l’augmentation du prix du pétrole, les accords internationaux sur le changement climatique et les découvertes de la Commission Royale de la Sécurité Alimentaire ont poussé le gouvernement à reconsidérer son accord à l’Organisation Mondiale du Commerce poussant à la globalisation, à la libéralisation, à une approche du commerce sans régulation. La priorité numéro 1 est, maintenant, la sécurité alimentaire nationale avant le commerce international. Les autorités locales à travers tout le pays ont aussi fait de la production locale alimentaire la priorité numéro 1, soutenant ainsi une expansion rapide des produits locaux. Les fermes sont maintenant très diversifiées, produisant bien plus que de la nourriture ; elles fournissent localement de l’énergie renouvelable, des matériaux de construction, des plantes médicinales biologiques, etc.
Une formidable réforme agraire a été menée, redistribuant les terres de manière pacifique.
L’agriculture compense la plus faible disponibilité en pétrole par la réutilisation d’animaux de trait, par l’utilisation de biodiesel pour les machines et par la présence de beaucoup plus de personnes. La taille moyenne des exploitations agricoles est beaucoup plus faible qu’en 2009 et la campagne est nettement plus peuplée. Les fermes accueillent diverses entreprises et pas uniquement pour l’alimentation ; certaines produisent des matériaux nécessaires pour le bâtiment qui exploite beaucoup plus les ressources locales comme l’argile, le chanvre, la laine. Ceci a permis la création de petites entreprises souvent intégrées dans les fermes pour réaliser ces matériaux de construction.
Depuis 20 ans, l’alimentation et l’agriculture sont considérées comme essentielles à la sécurité du pays. La souveraineté alimentaire n’est plus considérée comme un objectif des seuls pays en « voie de développement ». Suite à l’augmentation du prix du pétrole et à la demande de biocarburants, les prix alimentaires ont tellement augmenté que pour la première fois depuis 50 ans, il devenait moins cher de manger des aliments biologiques locaux. En même temps, notre alimentation est devenue plus de saison et comprend nettement moins de viande.
L’agriculture urbaine est maintenant une priorité pour toutes les autorités et communautés urbaines. Les villes ont été réaménagées comme des lieux de production. La ville de Londres produit maintenant 60% de ses besoins en légumes frais et 30% de ses besoins en fruits ; Bristol atteint les 80%. Un programme massif de plantation d’arbres a permis de mettre en place des arbres fruitiers, des châtaigniers et des noyers dans chaque parc public et dans chaque école.
Le jardinage pour la production d’aliments était déjà une activité populaire en 2009 mais en 2012 le gouvernement a décidé de faire du jardinage un élément clé de la politique de réduction du carbone et de la stratégie de promotion de la santé. Maintenant les variétés locales de fruits et légumes sont considérées comme des réels trésors et l’enseignement des techniques de jardinage biologique avec, en particulier, la permaculture est un point central du CV des écoliers et des étudiants en tant qu’élément du programme national de sécurité (souveraineté) alimentaire.
Nous aborderons dans les prochains numéros de la revue, la transition d’autres pans de nos sociétés comme l’éducation, les soins de santé, l’habitat ou les transports.

Pour en savoir plus sur ces initiatives de transition :
- www.transitiontowns.org : site principal du réseau - en anglais
- www.villesentransition.net : le nouveau site du réseau francophone

Ezio Gandin : membre du groupe de pilotage des « villes et communes en transition » au sein des Amis de la Terre -Belgique ; membre de l’« Association for the Study of Peak Oil - Belgium ».