Fukushima, la dernière catastrophe pour sortir définitivement de la filière nucléaire

« L’improbable peut parfois se produire … et les risques doivent être réévalués pour nos centrales ». C’est ainsi que la chancelière Angela Merkel vient de remettre en cause la décision récente de son gouvernement de prolonger d’une douzaine d’années les plus anciens réacteurs nucléaires allemands. Ce questionnement est aujourd’hui d’actualité dans la plupart des pays occidentaux nucléarisés en raison de la pression de l’opinion publique.

Comment pourrait-il en être autrement quand chaque bulletin d’informations nous donne, depuis des jours, des nouvelles de plus en plus alarmantes sur la situation de la population japonaise présente à proximité du site de Fukushima où plusieurs réacteurs sont maintenant hors contrôle et de plus en plus endommagés ? On ne peut qu’espérer que les structures d’assistance japonaises bien structurées et préparées pourront limiter au maximum les impacts humains d’abord et environnementaux ensuite.

Depuis leur création, les Amis de la Terre se sont opposés au développement de la filière nucléaire ; 40 ans plus tard, tous nos arguments avancés à l’époque quant aux nombreux dangers de cette filière restent toujours aussi pertinents car aucune solution n’a été trouvée malgré les moyens humains et financiers considérables investis par les industries nucléaires et les pouvoirs publics. C’est le principe même de cette technologie nucléaire (freiner en permanence un processus qui ne demande qu’à s’emballer) qui rend insolubles des questions comme la gestion à long terme des déchets radioactifs ou les risques énormes pesant sur la population et l’environnement lors d’un accident nucléaire majeur.

Après la fusion partielle du cœur du réacteur de Three Mile Island en 1979 qui a sonné le glas du développement de la filière nucléaire aux Etats-Unis, après la catastrophe de Tchernobyl en 1986 qui a conduit à l’arrêt de la construction de réacteurs nucléaires dans la plupart des pays occidentaux, l’apocalypse de Fukushima (en reprenant les paroles récentes du commissaire européen de l’Energie) permettra-t-il enfin de terminer définitivement l’histoire de la filière nucléaire résultant d’une énorme erreur politique prise il y a 50 ans par beaucoup de pays ?

Comment sortir de cette filière énergétique en douceur dans tous les pays occidentaux nucléarisés et en Belgique en particulier ?

En étant tout d’abord convaincu que cela est possible moyennant une action forte de réduction de la consommation énergétique et un soutien important et sur le long terme aux énergies renouvelables. Plusieurs études ont montré qu’au niveau belge, les nouvelles capacités de production d’électricité déjà installées ou programmées dans un avenir proche permettront de suppléer à la fermeture, en 2015, des 3 plus anciens réacteurs nucléaires. Et pour les 4 fermetures prévues entre 2022 et 2025, nous avons encore le temps d’agir.

Les Amis de la Terre mènent depuis plus d’un an avec 3 autres associations (GRAPPE, Nature et Progrès et Apere) une action en justice contre l’état belge et le groupe GDF-SUEF pour annuler le protocole d’accord visant le prolongement pour 10 ans de la durée de vie des 3 plus anciens réacteurs. Avec ces partenaires, nous publierons dans les prochaines semaines un dossier technique intégrant les dernières données de consommations et de productions énergétiques. Ce dossier démontre sur base de plusieurs scénarios que la Belgique peut à la fois sortir du nucléaire en accord avec la loi votée en 2003 et respecter ses accords internationaux pour réduire l’effet de serre.

Ces décisions politiques seront d’autant plus faciles à prendre par nos représentants politiques que les citoyens manifesteront clairement leur adhésion à ce projet.

De nombreuses pistes existent pour chacun d’entre nous : la plus simple et rapide consistant à choisir un fournisseur d’énergie verte ou mieux, entrer dans une coopérative de production d’énergie verte. Mais surtout devenir un producteur de NégaWatts en changeant ses comportements et en développant des actions au quotidien pour réduire ses consommations énergétiques, celle d’électricité en priorité. Les Amis de la Terre proposent et soutiennent, depuis 6 ans, un changement plus radical de nos modes de vie visant à vivre plus simplement pour vivre mieux, un concept autour duquel plusieurs dizaines de groupes de Simplicité Volontaire se sont formés et se forment encore.

Pour les Amis de la Terre :

Ezio Gandin, président