Les Amis de la Terre Belgique
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Se réjouir de ne pas « avoir » !
par Marcel Guillaume

Tout a commencé en 2006 de manière la plus classique qui soit : une conférence d’Ezio et de Dominique au grenier de la Maison de l’Ecologie à Namur. Beaucoup de monde ce soir là ; plus de 70 personnes si je me souviens bien. Et bien motivées en plus ; il allait se mettre en place ce soir-là 3 groupes de SV. Un record, à mon avis. Première réunion avec une douzaine de personnes.

Je vous avouerai ne pas avoir gardé de souvenir précis des thèmes abordés cette première année (à cette époque, personne ne prenait de notes). Je me souviens seulement que nous avions décidé d’accueillir le groupe chez soi à tour de rôle et de donner l’initiative du sujet abordé à la personne qui recevait. Très vite aussi, nous avons abandonné le bâton de parole pour opter pour une répartition équitable et autogérée du temps de parole.

Cette entrée dans un groupe de SV coïncide, à peu de choses près, à mon entrée dans la vie active des Amis de la Terre. À cette époque, ma démarche était curieuse mais pas motivée à l’excès. Mais, la sauce prend. A force de se côtoyer et malgré l’une ou l’autre défection, les sujets abordés rapprochent et, peu à peu, soudent les membres du groupe. On entre peu à peu dans la vie de l’autre sans déranger, en douceur. Les liens se créent. Pourtant, au bout d’un an de rencontres à échanger, on s’arrête un instant pour faire le bilan : il n’est guère brillant. Quelques idées ont germé, certains d’entre nous ont modifié quelque peu leur manière de faire ou de voir mais ce n’est pas le ras de marée espéré. Un des participants dira même : « depuis que je m’intéresse à la SV, tout me paraît bien plus compliqué ».

Mais, parce que l’on se sent bien ensemble, on décide de continuer. Tous les sujets classiques proposés sont abordés. On en aborde d’autres et au bout de deux ans, nouveau bilan personnel et enfin : l’enthousiasme. Pas de feu d’artifice, pas d’explosion, juste le ressenti d’un changement.

L’incomparable satisfaction du kayakiste qui, jusque là avait confié sa destinée au seul courant et qui, soudain prend conscience de la présence des rames au fond de son embarcation, s’en saisit et décide de prendre en main le cours de son voyage. La sensation que tout ce qui jusque là s’assimilait à de la privation, devient peu à peu plaisir, jeu, harmonie.

Cette longue aversion pour les transports en commun et, aujourd’hui, cet abonnement aux TEC qui ne me quitte plus. Dans une société ou la possession constitue l’incontournable règle du bonheur, retrouver la capacité de se réjouir de ne pas « avoir ». Ce voyage en Ecosse dont on rêvait depuis longtemps et auquel on a renoncé.... sans la moindre souffrance. Et puis ce projet de temps partiel qui me résiste, preuve s’il en est qu’il reste du chemin à faire.

Le groupe était-il nécessaire ? Je réponds oui, sans hésitation ! Parce qu’il est évident qu’une fois le processus mis en marche, le chemin se fait plus facile mais que les premiers pas peuvent s’avérer laborieux. Il aura fallu le hasard de quelques rencontres.

Ma reconnaissance à tous ceux-là.

Marcel Guillaume