Avec le Sud, on perd pas le Nord !


En avril 2015 débutait la campagne « Avec le Sud, on perd pas le Nord ! » ayant pour but d’informer et de sensibiliser les citoyens à l’interdépendance du monde, d’élargir notre « vision globale » et de nous inspirer de ce qui se passe ailleurs.

L’occasion de se pencher, à travers nos activités et divers moments de réflexion sur ce « concept » Nord/Sud. « La notion « Sud » est une conception socio-politique pour caractériser les relations asymétriques de pouvoir sur le plan socio-économique et politique entre les sociétés industrielles de l’hémisphère Nord et la majorité des sociétés situées dans l’hémisphère Sud. » (1) L’auteur choisit alors de parler « des Suds », tant la situation est différente d’un pays à l’autre, mais aussi à l’intérieur même des pays (il y a du Nord, sous-entendre des personnes riches dans les pays « du Sud », et du Sud, comprendre de la précarité, dans les pays du Nord). Le CETRI se pose la question de savoir si ce clivage est maintenant obsolète. (2) Entre l’uniformisation néolibérale et la mondialisation des luttes, il y a bien un nouveau rapport Nord-Sud, ou plutôt entre l’ici et l’ailleurs, entre le local et le global.

S’inspirer d’ailleurs pour agir mieux ici pourrait résumer cette première année de campagne. Ce sont plus de 1000 participants en Wallonie et à Bruxelles qui ont pris part d’une manière ou d’une autre aux activités menées.

D’une part des activités directement liées à la campagne : plusieurs soirées SoS (3) ont permis d’aborder divers sujets de manières transversales : le buen vivir, l’accaparement des terres, la décroissance et le Sud, l’autogestion, la dette écologique ou encore les luttes des peuples indigènes en Équateur. Afin de favoriser l’expression des participants à ces soirées et d’en diffuser plus largement les contenus, un partenariat avec Micro-Ouvert a permis la réalisation de podcasts, en ligne sur notre site.

En mars dernier, nous organisions à la ferme Arc-en-Ciel à Wellin une formation intitulée « Résistances au Sud et Action directe non-violente ». La conférence gesticulée « Radical !? » a introduit le week-end en interrogeant l’engagement militant et l’altermondialisme avec humour et esprit critique. Le samedi les 25 participants ont eu l’opportunité de comprendre quelles sont quelques unes des luttes qui s’organisent autour de nous : contre les dettes illégitimes, face à un projet d’autoroute en Bolivie, pour protéger les territoires de la communauté de Sarayaku… Et comment nous pouvons faire entendre nos voix ici, face à des projets mettant en péril la souveraineté des citoyens notamment grâce à l’action directe non-violente, une forme de militance réfléchie, originale et créative qu’ont pu explorer les participants durant la seconde journée. Ce week-end de formation, le premier d’un cycle de trois, s’inspire du pilier du REV (résistance - expérimentation - Vision) développé par Patrick Viveret. La prochaine rencontre, autour de l’expérimentation aura lieu en mars ou avril 2017.

D’autres activités, indirectement liées à la thématique mais permettant de « passer à l’action » ont été réalisées : des ateliers pratiques de fabrication de cosmétiques naturels durant les festivals estivaux, une tournée du film « Présent Simple » portée principalement par nos groupes locaux, ou encore une action lors de la Saint-Valentin dans le métro bruxellois pour sensibiliser à la surconsommation et à un « nouvel art d’offrir ». La vidéo de l’action a été visionnée plus de 1000 fois et montre l’intérêt grandissant des citoyens pour intégrer la simplicité volontaire dans leur quotidien afin de réduire leur impact environnemental et (re)créer du lien

Les trois rencontres internationales autour du projet « School of Sustainability » - qui fédère 23 groupes membres de Friends of the earth Europe - ont permis d’une part de structurer le projet et de travailler sur sa visibilité au niveau européen et d’autre part de partager nos expériences et de travailler ensemble, notamment autour de méthodes d’éducation populaire développées en Amérique du Sud. Le théâtre de l’opprimé, une forme de théâtre participatif et éducatif initié par Augusto Boal au Brésil en est l’exemple le plus connu. Ce projet veut aller à la rencontre des personnes moins sensibilisées aux injustices sociales, économiques et environnementales, qui pourtant en sont souvent les principales victimes. Tout comme nos activités d’éducation permanente, il vise l’émancipation, un des éléments moteurs de la transformation de la société, qui permet de se libérer et de devenir indépendant face à un système oppresseur. Il est ainsi nécessaire de se pencher vers des moyens et des méthodes accessibles à tout un chacun. Il s’agit donc aussi de s’inspirer d’ailleurs dans nos moyens d’actions.

La seconde année du projet est déjà entamée et les activités se précisent. Nous étions à nouveau présents à Esperanzah ! avec de nouveaux ateliers pratiques. La possibilité de mener des actions de sensibilisation dans l’espace public et d’en faire des capsules vidéos est ouverte. Les soirées SoS permettront de réfléchir ensemble à des sujets variés, comme notre soutien aux activistes environnementaux. Berta Caceres, assassinée en février dernier, étant devenue un triste symbole de ces personnes qui risquent leur vie pour défendre leurs droits.

Nous souhaitons également aller à la rencontre de ces initiatives qui fleurissent un peu partout et esquissent les contours d’un nouveau monde. Connaissez-vous le barefoot College qui s’emploie à former des femmes illettrées à la gestion de l’énergie de leur communauté ? Comment les Systèmes Participatifs de Garantie (SPG) permettent-ils aux producteurs et aux consomm’acteurs de (re)devenir souverains dans la gestion de leur production et de leur alimentation ?

Le cinéma militant permet de toucher un large public, le succès du film « Demain » le démontre. Un grand nombre de projets de films et documentaires peuvent faire l’objet de projections suivi d’échanges ou d’ateliers thématiques. Nous souhaitons réaliser des supports pédagogiques et apporter un soutien logistique aux groupes locaux et à notre réseau de volontaires souhaitant organiser ce type d’activités, comme le film « Présent Simple ». Concernant ce dernier, il est aussi prévu de réaliser des sous-titrages en anglais afin de le diffuser plus largement et de susciter la réflexion autour de la simplicité volontaire auprès de citoyens non-francophones.

Comme évoqué plus haut avec le théâtre de l’opprimé ou les conférences gesticulées, nous souhaitons fortement développer des supports pédagogiques et des partenariats afin d’aller à la rencontre de nouvelles personnes et d’élargir notre mouvement formé autour d’une volonté commune de justice sociale, économique et environnementale.

Si vous souhaitez prendre part à cette campagne, que vous connaissez des alternatives locales et originales, que vous souhaitez mettre en place une action directe non-violente ou réaliser une vidéo, contactez-nous !

(1) Daniel Cauchy, intervention durant le week-end « Résistances au Sud et action directe non-violente », en mars 2016.
(2) DUTERME Bernard, POLET François, Obsolète le clivage Nord-Sud ? 40e anniversaire du CETRI, Alternatives Sud, 2016. A disposition dans nos locaux. www.cetri.be
(3) Par exemple :
http://www.amisdelaterre.be/2936
http://www.amisdelaterre.be/2842

pas de groupe

pas de projet

Articles dans cette section

  • « Tous trompés ! » : les AmiEs de la Terre s’associent à la nouvelle (...)

    SOS Faim lance une campagne « anti-tromperie » ! Pourquoi ? Parce que l’État belge nous trompe. D’un côté, il se positionne dans sa politique de coopération au développement en faveur de l’agriculture familiale et durable en vue d’améliorer la sécurité alimentaire. D’un autre côté, à travers sa (...)
  • Campagne "Avec le Sud, on perd pas le Nord !"

    Et si considérer les impacts du changement climatique au Bangladesh nous motivait à opter pour des énergies renouvelables en Wallonie ? Et si les cimetières électroniques du Ghana disparaissaient grâce à notre lutte contre l’obsolescence programmée ? Et si on s’opposait à l’exploitation des travailleurs (...)
  • Le Lessi’Vélo d’Esperanzah en vidéo

    Nous étions au Village des Possibles à Esperanzah du 5 au 7 août pour inviter les festivaliers à nettoyer leur linge à l’aide d’un Lessi’vélo, une machine à laver fonctionnant à l’énergie humaine et consommant moins d’eau. Découvrez la vidéo ! De vendredi à dimanche, nous étions une bonne équipe de jeunes (...)
  • Revue Symbioses : S’inspirer d’ailleurs pour agir ici

    par Céline Racine

    En mars dernier, les Amis de la Terre organisaient un week-end intitulé "Résistances au Sud et Action directe non-violente". Un article sur ces deux jours de formation est paru dans le dernier numéro du magazine d’éducation relative à l’environnement Symbioses. Ce nouveau dossier explore les (...)
  • Terra Nullius : retour et podcast sur la soirée SoS du 25 (...)

    par Céline Racine

    Le 25 avril dernier, dans le cadre de la campagne "Avec le Sud, on perd pas le Nord !"nous projetions le documentaire Terra Nullius, relatant la lutte des femmes indigènes en Équateur. Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici un article écrit par Chantal Dengis ainsi que le podcast de la soirée, en (...)
  • Ecoutez le podcast sur "la dette écologique"

    Pour la première soirée SoS de 2016, nous avons abordé le sujet de la dette écologique. Qu’est-ce que la dette écologique ? Comment le sujet est-il perçu par les pays du Sud ? Quelles solutions ? En présence de Renaud Duterme, actif au sein du CADTM-Belgique et co-auteur de "La dette cachée de (...)
  • Week-end "Résistances au Sud & Action directe non-violente"

    Retrouvez ici quelques photos du week-end passé à la Ferme Arc-en-Ciel ainsi que le contenu des interventions. Durant 3 jours, quelques 25 participants ont pu profiter du gîte de la ferme Arc-en-Ciel pour découvrir la diversité des mouvements de résistance aux 4 coins du globe, puis aborder des (...)