L’obsolescence programmée, symbole de la société de gaspillage

Qui n’a jamais été mécontent des appareils vendus aujourd’hui ? Fragiles, complexes, de qualité médiocre, ils nous rendent parfois nostalgiques des bons vieux appareils vendus autrefois… On entend souvent que les produits conçus aujourd’hui sont moins robustes qu’hier, que la durée de vie des produits diminue, que le « four de grand-mère » fonctionne toujours bien alors que le modèle perfectionné acheté il y a quelques années a déjà été mis au rebut après être tombé en panne.

Les biens d’aujourd’hui semblent durer moins longtemps ; nous sommes entrés dans l’ère d’une société de consommation fondée sur le renouvellement rapide des produits. Quels sont les facteurs qui contribuent à cette diminution de la durée de vie des biens ? Quelles sont les raisons qui nous poussent à remplacer les produits tombés en panne au lieu de les réparer ?

Ces évolutions qui semblent s’être accélérées ces quinze dernières années paraissent dues au rythme de l’innovation technologique de plus en plus soutenu, mais également aux astuces visant à rendre un appareil obsolète afin qu’il soit rapidement remplacé par un nouveau produit. La sortie de l’iPad, le dernier gadget d’Apple, en mai 2010 ou encore l’actuel passage au numérique des chaînes de télévision françaises sont des exemples parmi d’autres de cette course à l’innovation qui entraîne un renouvellement des équipements des ménages et un accroissement des e-déchets.

Les Amis de la Terre-France et le Cniid alertent depuis plusieurs années les autorités et le grand public sur la croissance de la production de déchets ménagers et en particulier des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE).

Ces montagnes de déchets ne sont que la partie visible de l’iceberg de nos modes de consommation : ils cachent d’autres problèmes comme l’exploitation massive des ressources naturelles et ses lourdes conséquences pour l’environnement et les populations des pays du Sud (Afrique et Asie notamment).

Pour l’étude L’obsolescence programmée, symbole de la société du gaspillage, les Amis de la Terre et le Cniid se sont appuyés sur :

– Les données officielles sur la production de déchets et la consommation de ressources naturelles renouvelables et non renouvelables : ADEME, ministère en charge de l’environnement notamment ;
– Le recueil de données sur la consommation et sur les biens de consommation auprès de l’UFC Que Choisir et de
l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) ;
– L’analyse de travaux de recherche d’associations ou d’universitaires (économistes, philosophes, etc.) ;
– Des témoignages de professionnels des appareils électriques et électroniques : réparateurs, ingénieurs, chercheurs
ou associations professionnelles ;
– Une enquête par questionnaire que nous avons réalisée sur le service après-vente (SAV) des principaux distributeurs
français pour mesurer leurs efforts pour allonger la durée de vie des produits par l’entretien et la réparation.

Cette étude a pour but de montrer les « coulisses » de nos sociétés de surconsommation. Elle vise à une prise de conscience sur les défis qu’imposent des modes de production et de consommation plus soutenables. Elle ouvre des pistes de solutions qui mériteraient d’être approfondies par des travaux de recherche, en particulier sur l’allongement de la durée de vie des produits.

Moins c’est plus, ou les vertus de la décroissance

La démarche de la Simplicité Volontaire (SV) ou, au choix, de Sobriété heureuse consiste à s’appliquer, individuellement et avec le soutien d’un groupe, l’objectif de renoncer à une logique de surconsommation et d’accumulation afin de pouvoir se (re)centrer sur «l’être plutôt que l’avoir».

Le défi à relever est de renverser la logique de croissance aveugle plutôt que de s’évertuer à vouloir l’encadrer, l’accompagner, l’aménager dans l’espoir d’en atténuer les conséquences les plus néfastes. Il s’agit dès lors, même si le mot fait souvent peur, de s’inscrire dans une logique de décroissance ou «moins c’est plus». Utiliser moins de temps, d’argent, d’énergie, de santé à consommer et à s’agiter/s’épuiser pour s’en donner les moyens, c’est retrouver plus de temps, d’argent, d’énergie et de santé à consacrer à des activités tellement plus gratifiantes en bonheur, pour soi et pour les autres.

La simplicité volontaire, quelques pistes

  1. Retarder les achats de bien et de service de quelques jours pour s’assurer que l’on en a vraiment besoin;
  2. À défaut de faire son propre potager, acheter, si possible directement aux producteurs (p.ex via les groupes d’achats communs ou ‘GAC’, en allant au marché plutôt qu’au super marché ou en s’abonnant à un service de ‘panier’), des aliments saisonniers, produits localement (p.ex pourquoi acheter des fromages produits à l’étranger alors que notre pays offre une extraordinaire palette de fromages locaux) dans le respect de la « terre » et cuisinés à la maison !
  3. Adopter un mode de vie épanouissant et non stressant et une alimentation saine (bio), ainsi qu’un travail intérieur et spirituel pour assurer un maximum d’autonomie (prévention des maladies) et de parcimonie dans la consommation des biens et des services médicaux;
  4. Ne plus faire reposer son image et son estime de soi et sa sécurité intérieure sur la possession et l’exhibition de tel ou tel vêtement (marque ou style), ou de tel ou tel objet ; se dégager de la tyrannie du « paraître »;
  5. Modifier son mode de vie pour réduire les besoins de mobilité individuelle: rapprocher le domicile du lieu de travail, se rapprocher des circuits de transport en commun, privilégier la consommation locale de biens et services, s’interroger en profondeur sur la distinction entre les besoins essentiels et accessoires de déplacement, notamment en matière de loisir et de vie sociale;
  6. Dégager des espaces-temps pour l’essentiel: une occasion unique d’apprentissage, de développement personnel et d’acte de solidarité, par une véritable rencontre avec soi-même – qui suppose du silence, de la lenteur, de la solitude parfois, du temps de respiration ou le contact avec la nature, … et avec l’autre – qui suppose aussi une disponibilité, une réceptivité, une ouverture intérieure … incompatibles avec la course à l’activité et à l’exotisme;
  7. Évaluer l’impact écologique de son habitat (matériaux de construction, d’équipement et de décoration, consommation d’énergie);
  8. S’interroger sur la place et la nature de la (sur)activité professionnelle; ne participe-t-elle pas d’une logique de «surconsommation» ressentie comme obligée et contrainte par les circonstances extérieures, alors qu’elle est en réalité largement consentie pour «remplir un vide»? Se demander d’autre part, si cette suractivité n’est pas la conséquence obligée de la logique de «surconsommation» matérielle qui engage de façon durable dans des dépenses telles qu’il faille obligatoirement travailler beaucoup pour assurer un revenu suffisant y compris jusqu’à sacrifier sa santé, sa vie personnelle, familiale et sociale et finalement son bonheur pour finalement «perdre sa vie à la gagner»;
  9. Partager (tondeuse à gazon, échelle, outils…) pour résister à l’omniprésent besoin de «propriété individuelle», source de surconsommation et de gaspillage.

Quelques réflexions encore pour conclure …

  • Être radical dans ses objectifs et évolutif dans ses engagements;
  • S’inscrire dans la démarche de SV suppose que l’on cherche à atteindre au quotidien une cohérence entre ses convictions, ses paroles, ses décisions et ses actes dans les différents secteurs de sa vie.

Mais on vit dans une société et aussi, dans une certaine mesure, un environnement familial, professionnel, social… qui fonctionne largement à contre-courant de ces convictions. On a aussi sa propre histoire, marquée pendant plus ou moins longtemps par des fonctionnements plus ou moins éloignés des valeurs de la SV et qui peuvent encore conditionner, malgré nous, la réalité de vie d’aujourd’hui. Quelle que soit la détermination de chacun, la marge de manœuvre reste plus ou moins contrainte et limitée, pour faire évoluer sa vie vers l’idéal de la SV

S’informer

L’engagement dans la SV commence par un devoir d’information (pas toujours simple dans un monde où l’information est pléthorique et dont la pertinence est souvent difficile à apprécier) pour pouvoir poser les choix les plus pertinents, donner un maximum de sens à son engagement, élaborer des convictions fondées et une pensée personnelle, indépendante et critique.

La SV : une démarche individuelle… avec le soutien d’un groupe

S’engager dans la vie quotidienne sur la voie de la SV conduit inévitablement à se trouver souvent dans une position de résistance ou de marginalité par rapport à la société dans laquelle on évolue quotidiennement. C’est pourquoi il est essentiel de pouvoir bénéficier du soutien d’un groupe (voir d’un réseau comme le Réseau Québécois de Simplicité Volontaire) de personnes engagées dans la même démarche et avec qui on peut échanger ses pratiques et ses réflexions pour progresser davantage dans cet engagement. Il peut aussi être utile d’adhérer et de soutenir les associations qui soutiennent la SV comme p.ex les Amis de la Terre qui ont, en Belgique largement contribué à soutenir cette démarche.

La SV ne suffit pas : spiritualité et engagement dans l’action collective

Face à l’ampleur et la gravité des problèmes évoqués au début de cette note, la démarche de la SV propose une démarche concrète inscrite dans des groupes. Mais cette démarche, qui concerne avant tout les comportements et les actes individuels, aussi importante soit-elle, est souvent ressentie comme limitée. C’est pourquoi pour pouvoir donner sa pleine mesure, il est sans doute souhaitable qu’elle soit articulée à deux autres démarches complémentaires: un travail intérieur d’ordre spirituel d’une part, et l’engagement dans l’action collective, d’autre part (par ex. les Amis de la Terre).

Un dernier commentaire s’avère nécessaire. Il est en effet important de distinguer sans ambiguïté «Simplicité Volontaire» et «Simplicité Imposée». Adhérer à la SV c’est aussi s’engager au côté de ceux que la société a abandonné (chômeurs, petits pensionnés, sdf, mères isolées…) pour que les moyens leur soient donnés de retrouver une vie décente incluant l’accès à une alimentation, un logement, un confort, des loisirs… respectant leur dignité humaine.

Un moteur important : gagner du plaisir

Ezio Gandin a une formation scientifique et il travaille dans un centre de recherche et développement sur les matériaux. Il est membre bénévole de l’association Les Amis de la Terre depuis près de 10 ans. Il présente pour Espace-Citoyen.net sa vision de la décroissance économique soutenable et de la simplicité volontaire.

Comment avez-vous découvert la simplicité volontaire et la décroissance?
Au sein du mouvement des Amis de la Terre, nous avons découvert le terme « décroissance économique soutenable » par la revue française Silence. C’était en 2003 et je m’en souviens encore très bien. Interpellés par ce concept, nous avons directement créé un groupe de réflexion pour échanger sur ce thème car nous nous sommes dit qu’il pourrait nous aider à répondre à certaines questions que nous nous posions dans l’association.

Après quelques mois de lecture et de discussion sur la décroissance économique soutenable, nous avons vu apparaître de plus en plus régulièrement le terme « simplicité volontaire ». C’est donc de cette manière que j’ai découvert ce concept et que j’ai commencé à m’y intéresser de plus près.

Après m’être documenté, j’ai compris qu’il s’agissait d’un mode de vie particulièrement intéressant et que la plupart des membres du mouvement le pratiquaient déjà d’une manière ou d’une autre, sans en avoir bien conscience mais aussi sans en saisir toutes les dimensions et toute la portée individuelle et collective.

Vous avez donc introduit ces thématiques dans l’association…Comment ça s’est passé ?
Nous avons d’abord réussi à convaincre les membres de notre Assemblée Générale que la décroissance économique soutenable était un concept intéressant et utile qui devait traverser l’ensemble de nos thématiques.
Ensuite, avec Dominique, nous avons voulu aller plus loin et concrétiser cela dans la vie de tous les jours. Nous avons donc proposé de suivre l’exemple des Québécois en créant des groupes de simplicité volontaire.
Nous avons fait notre première conférence sur le sujet début 2005. Depuis, il y en a eu bien d’autres et une vingtaine de groupes de simplicité volontaire ont été mis en place.

Qu’est-ce que cela a apporté au mouvement ?
Le concept de « décroissance économique soutenable » nous a donné pour la première fois un cadre de réflexion très intéressant pour des solutions globales.
Après avoir réfléchi aux grandes orientations d’une politique de décroissance économique soutenable, nous avons abordé la simplicité volontaire.
Au départ, les Amis de la Terre proposaient des modifications de comportements par « secteur de vie » : ouvrir son jardin à la biodiversité, gérer durablement l’eau à la maison, économiser l’énergie, etc. Nous avons voulu aller au-delà et proposer d’utiliser la simplicité volontaire comme une vue transversale, comme un guide sur toute sa vie. Nous avons pu reprendre une grande partie de ce que nous avions déjà fait et le replacer dans un cadre plus général par rapport à toutes les consommations. Mais aussi d’entrer dans des dimensions où nous n’étions pas en nous questionnant sur nos valeurs.

C’est-à-dire ?
Un des premiers moteurs important pour simplifier sa vie, c’est de ressentir que quelque chose ne va pas dans sa vie actuelle, d’éprouver un malaise par rapport à la société. La simplicité volontaire peut apporter une solution à ce malaise, car elle invite les individus à interroger leurs valeurs profondes et à vivre en accord avec celles-ci.
Le deuxième moteur qui doit suivre lorsqu’on s’engage dans cette voie, c’est d’y gagner du plaisir. En effet, je n’imagine pas qu’on aille vers une simplification de sa vie si c’est vécu comme une succession de choses que l’on (se) retire. Il ne doit pas y avoir de sentiment de privation. Sinon, la volonté ne sera pas assez forte et on risque de se laisser emporter par le flot des gens qui nous entourent et qui vivent « normalement ». Et on ne pourra pas résister très longtemps.
A partir du moment où l’on sent que notre vie s’améliore et qu’on y prend du plaisir, on parvient à poursuivre cette démarche, ce mode de vie, malgré les difficultés que cela peut représenter au niveau familial ou professionnel.

Existe-t-il différentes façons d’envisager la simplicité volontaire ?
Une des spécificités des Amis de la Terre en Belgique, c’est que nous présentons toujours la simplicité volontaire en partant du collectif et en allant vers l’individuel.
Ainsi, avant de parler de simplicité volontaire, nous faisons le bilan de notre société. Cela ouvre la porte à la décroissance économique soutenable comme solution possible au niveau collectif. Ensuite, nous introduisons la démarche individuelle, personnelle qu’est la simplicité volontaire. Nous abordons le thème de cette manière parce que nous sommes une association écologiste très sensible aux défis en matière de biodiversité, de changements climatiques et autres qui nécessitent des actions collectives et individuelles.
Les Canadiens introduisent la simplicité volontaire du « bas vers le haut ». Ils partent d’une prise de conscience personnelle, d’une envie de vivre mieux, sans examiner l’aspect collectif, sociétal. Les Canadiens orientent plutôt la simplicité volontaire vers le bien-être, l’épanouissement personnel et spirituel. Toutefois, l’année passée, Serge Mongeau, le créateur du réseau québécois, a lancé un appel pour une intégration forte de la dimension collective – la décroissance économique soutenable – dans la démarche.
Les Américains, quant à eux, présentent, le plus souvent, la simplicité volontaire comme une réponse à l’endettement. Face à l’endettement, il y a deux solutions : travailler plus pour gagner plus d’argent ou réduire ses besoins. Quand on parvient à réduire ses besoins, à sortir de l’endettement, on peut retrouver sa dignité et ainsi revivre mieux.

On peut donc aborder la simplicité volontaire par au moins trois faces : avoir un mode de vie en cohérence avec un monde équitable et durable, développer sa spiritualité, sortir de l’endettement. La plupart des gestes concrets à poser sont les mêmes.

Quels sont ces gestes ?
Parler de ces gestes permet de distinguer la simplicité volontaire de la décroissance économique soutenable. Notre mouvement en Belgique parle de simplicité volontaire pour tous les gestes individuels ou de petits groupes. Par exemple, prendre les transports en commun ou se déplacer moins, relève de la simplicité volontaire. Par contre, réserver de plus en plus de routes aux seuls transports en commun ou aux transports doux relève de la décroissance car on se situe au niveau politique et de la macro-économie.
En France, contrairement à la Belgique, le mot décroissance recouvre souvent aussi bien des gestes et des comportements individuels que des mesures politiques, collectives.