A l’heure de la pandémie et des nombreuses prises de conscience sur l’enjeu de la crise climatique, des questions se posent, notamment au sujet de l’évolution des services numériques. Opportunité pour certain.e.s, danger pour d’autres, la 5G est un témoignage emblématique de ce dilemme cornélien opposant les partisans d’une révolution numérique d’une part et les défenseurs d’un changement systémique de l’autre. D’aucuns argueront que la 5G représente une aubaine pour les secteurs de la médecine et la santé de manière générale, quand leurs opposant.e.s mettront en avant l’instrumentalisation inévitable des données qu’inaugurerait l’implantation de la 5G. Que penser de la 5G ? Comment évaluer son caractère indispensable ? Le point juste ici.

- « Papa tu crois qu’un jour on pourra voyager dans le temps ?
- Ah ça oui, grâce à la 5G !
- C’est quoi ? La 4G en mieux ? 
- Presque ! C’est une révolution numérique ! On pourra même voyager dans le temps ! Ultra haut débit et délai de latence réduit, cela va véritablement bouleverser notre façon d’appréhender la vie. 
- Mais quel rapport avec le voyage dans le temps ? 
- Tu vois ta cousine Isabelle, passionnée par l’histoire de l’art et l’architecture. Avec la 5G, quand elle se promènera dans Paris, elle pourra voir en réalité virtuelle la prise de la Bastille survenue 3 siècles auparavant comme si elle y était ! »

Ce spot publicitaire d’une compagnie de télécom [1] témoigne d’une volonté de vanter les vertus de la nouvelle génération de téléphonie. Quatre générations de connectivité internet après la 1G qui voyait le déploiement des premiers téléphones sans fil, la 5G suscite pourtant de nombreuses controverses. 

Cette nouvelle génération promet non seulement des vitesses de téléchargement et d’envoi de données beaucoup plus rapides, mais aussi une couverture plus large et des connexions plus stables. Pour garantir cette rapidité, elle doit s’appuyer sur des bandes de fréquence plus élevées que celles utilisées par la 4G (3,5 GHz environ) : leurs longueurs d’onde sont par conséquent plus courtes, ce qui signifie qu’il faudra plus de bornes émettrices que pour la 4G. 

Et concrètement, en quoi la 5G peut révolutionner notre vie ?  

Que ce soit pour regarder des séries à l’heure de pointe ou pour faire une réunion virtuelle le lundi matin, il ne vous aura pas échappé qu’il est parfois compliqué d’obtenir une bonne connexion. En théorie, la 5G, c’est la promesse d’une rapidité de l’information jamais atteinte jusqu’ici : des téléchargements encore plus rapides, de l’ordre de 10 fois plus que la 4G, une latence (temps de réponse) extrêmement faible et l’exploitation de fréquences plus hautes qui rendront possible un nombre de connexions supérieur. Selon l’Agence nationale des fréquences, la 5G est une technologie de rupture qui "se distingue des générations précédentes en ce qu’elle vise, dès sa conception, à intégrer un nombre de cas d’usages inédits. Les sauts de performances permis par la 5G devraient toucher de nombreux secteurs  [2]. Et oui, parce qu’avoir une bonne connexion chez soi est une chose, mais l’utiliser à des fins médicales et industrielles en est une autre ! La 5G pourrait ainsi venir soutenir les domaines de la santé et du transport, en permettant non seulement des consultations et interventions chirurgicales à distance, mais aussi l’avènement de véhicules 100% autonomes capables de détecter la présence d’obstacles en un temps record et, le cas échéant, de sauver des vies. Paradoxalement, l’arrivée de la 5G n’a pas toujours été bien accueillie. En France, elle a même été vivement critiquée, en témoigne le retentissement de la déclaration d’Emmanuel Macron qui associait les détracteurs de la 5G à des Amish, ce qui lui a valu de s’attirer les mécontentements de milliers d’activistes [3]. A cela, il faut ajouter les 240 scientifiques qui réclamaient un moratoire alertant sur les dangers potentiels de la 5G sur la santé, fin 2017. A la lumière de ces éléments, comment nous, les Amis de la Terre, voyons les choses.

Les Amis de la Terre versus 5G, un antagonisme ?  

L’association se développe à l’heure actuelle sur la base de trois axes majeurs : pour une terre vivante, pour une vie plus simple et pour une économie non violente. Ces trois axes sont-ils incompatibles avec le déploiement de la 5G ? Ils le sont, pour la plupart. Mais le raisonnement va plus loin qu’une simple opposition de principe à la modernité. Loin du cliché des « Amish » dépeint par Emmanuel Macron, il ne s’agit en effet pas pour l’association de « revenir à la lampe à huile », bien au contraire. Aujourd’hui, se positionner contre certaines révolutions ne doit plus être vécu comme étant un barrage au progrès, mais bien comme une volonté de faire progresser les mentalités vers une compréhension des interdépendances entre l’humain et la nature. Ce faisant, être contre la 5G, c’est prôner un autre développement des sociétés humaines, fondé sur une vision moins matérialiste et anthropocentrique.

3 fondements de l’association qui rendent la 5G indésirable   

1. La sobriété contre la 5G

« La société de surconsommation et de gaspillage dans laquelle nous vivons n’est pas une fatalité. Elle est une conséquence directe de la recherche d’une croissance économique permanente mesurée par le Produit intérieur brut (PIB). Cette voie nous conduit à une catastrophe planétaire tant au niveau écologique qu’au niveau humain : exclusion sociale, précarité en forte hausse, stress de plus en plus marqué pour ceux qui restent dans la « course ». Nous souhaitons réhabiliter une autre société où solidarité et simplicité sont les piliers. » [4]

C’est en ces termes que les Amis de la Terre résument leur combat pour la simplicité volontaire, soit une démarche où prendre le temps, tisser des liens et se désencombrer sont centraux. Le développement de la 5G s’inscrit dans une démarche opposée à celle-ci, dans la mesure où son développement implique de considérer que les besoins ne sont pas entièrement satisfaits, nécessitant alors le déploiement d’alternatives destinées à accroître notre consommation. Cet état d’esprit, conjugué à l’extraction massive de nouveaux matériaux qu’engendrerait le déploiement de la 5G, conduit les Amis de la Terre à refuser son déploiement. Les appareils mobiles actuels ne sont en effet pas adaptés aux fréquences de la 5G : la déployer reviendrait à rendre obsolètes des milliards d’appareils électroniques quand on sait que seuls 35% de leurs composants sont véritablement recyclés [5]. Autant dire que la réduction de l’emprise humaine sur les ressources planétaires n’est pas à l’ordre du jour avec la 5G.

2. Pour une économie non violente : la 5G, comme regain d’un modèle de capitalisme liberticide

Selon Shoshana Zuboff, la 5G amènerait avec elle un nouveau capitalisme dit « capitalisme de surveillance », qui viendrait remplacer de manière définitive le capitalisme industriel. Dans son article Le capitalisme de surveilllance [6], elle en vient à définir cette économie d’un genre nouveau comme signant l’apogée d’un système dans lequel le consommateur n’est plus qu’un objet, dont la matière est extraite et expropriée dans les usines d’intelligence artificielle à des fins économiques. De fait, la 5G est moins un gain de temps pour les utilisateurs qu’un gain d’argent pour les entreprises, qui vampirisent les données internet et les transforment en opportunités économiques. Bien sûr, cette expropriation a déjà été à l’œuvre, en témoigne le succès du jeu “Pokemon Go”. Cette chasse aux Pokémon en apparence anodine a donné naissance au concept de “lieux sponsorisés”, lequel a notamment permis aux firmes d’attirer leur clientèle. Le Financial Times l’a très bien résumé en constatant « ...la capacité du jeu à servir de vache à lait pour les marchands et autres lieux en quête de fréquentation ». Mais la 5G viendrait pour beaucoup accélérer l’emprise du numérique sur nos vies, un avis que partagent certains membres du groupe Logiciels Libres, groupe de sensibilisation et de promotion des logiciels et services libres en ligne animé par Pauline, permanente au sein des Amis de la terre (pour en savoir plus et/ou rejoindre le groupe : pauline chez amisdelaterre.be)

3. Pour une terre vivante : contre la 5G ?  

« Permettons aux citoyens de recréer du lien avec la Nature et de la respecter ; donnons leur l’occasion de comprendre en quoi l’Homme est une partie de la chaîne de coopération équilibrée entre les êtres vivants ; et enfin, enrayons la perte de la biodiversité au niveau local ! » Les Amis de la Terre- Belgique

Voici un programme associatif que le déploiement de la 5G rendrait caduc, semble t’il ! Certains biologistes ont en effet déjà relevé des perturbations de la 5G sur les mécanismes naturels de certaines espèces. La biologiste de l’Université libre de Bruxelles Marie-Claire Cammaerts a par exemple remarqué que les ondes 5G dirigées sur les insectes « affectent toutes les structures et les fonctions du vivant, ce qui explique qu’il y ait beaucoup moins d’insectes, moins de pollen, plus de personnes fatiguées, plus d’autisme, etc. » [7] Elle fait partie des 180 scientifiques et médecins qui ont signé en 2017 l’EU 5G Appeal réclamant l’arrêt du développement de la 5G jusqu’à ce qu’il soit établi qu’elle ne présente aucun danger. Ces derniers rappelaient d’ailleurs que le Centre de Recherche International contre le Cancer de l’ONU (CRIC) a classé les radiofréquences de 30 KHz à 300 GHz comme « peut-être cancérogènes pour l’homme ». Aujourd’hui, l’absence de preuves relatives à la dangerosité des ondes 5G ne permet pas de citer cet argument, pas plus qu’il ne devrait être instrumentalisé pour exempter la 5G de tout vices.

Limiter notre emprise sur les ressources naturelles et favoriser les liens d’interdépendance avec le vivant sont autant de principes qui ont guidé l’écriture de cet article. Le contenu scientifique et technique reste toutefois simplifié et n’a pas vocation à servir de guide pour vous forger votre avis. Il est plutôt le précurseur de questionnements individuels qui vous conduiront, nous l’espérons, à vous pencher sur la question.

Si toutefois vous souhaitez initier un nouveau groupe thématique 5G, rejoindre un groupe thématique existant ou encore nous soumettre vos idées, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse contact chez amisdelaterre.be, nous accueillons la nouveauté les bras grands ouverts.